Les Swellies du détroit de Menai

– Nous avons une courte fenêtre pour sortir de la marina, me notifia Brenig en savourant une gorgée de son thé chaud.

Le soleil avait déjà bien entamé son ascension céleste en cette magnifique journée de juillet. Un drapé de brume courrait le long de la digue avant de se volatiliser au contact de l’eau. Le feu annonçant si la marée nous permettait de sortir se teinta d’un vert flamboyant.

– C’est bon, démarre le moteur, on y va.

Nous quittâmes lentement la marina avec seulement dix centimètres d’eau sous la quille de Good Mood. Je n’étais pas rassurée.

Depuis le port de Deganwy, petite bourgade du nord du Pays de Galle, la remontée vers la mer d’Irlande se faisait le long de la rivière Conwy dont les courants ballotaient des voiliers se raccrochant témérairement à de modestes bouées. Sur le rivage, un homme promenait son chien pendant que les volets des maisons à colombages s’ouvraient paisiblement. Nous naviguâmes environ une trentaine de minutes avant d’atteindre l’infinité de la mer. Nous éteignîmes le moteur et hissâmes les voiles. Je ne me lassais pas de ce silence ni de cette sensation de communion avec les éléments. Le vent se faufilait entre les voiles, nous faisant glisser à vive allure à la surface de l’eau.

– Regarde là, c’est l’île aux macareux mais à cette période de l’année ils ne sont plus là, il y’a cependant d’autres spécimens.

Les centaines d’oiseaux s’égosillant sur ce rocher, faisaient de cet îlot un irritant chœur que je fus soulagée de dépasser rapidement. Le vent nous poussa jusqu’à l’entrée du détroit de Menai, je sentis sous le bateau, les courants de marée se renforcer.

Le détroit de Menai (en gallois : Afon Menai, la « rivière Menai ») connu pour son étroitesse, sa faible profondeur et sa difficulté d’y naviguer, séparait l’île d’Anglesey du continent gallois. Les marées différentielles à ses extrémités produisaient des courants très forts qui traversaient le chenal dans les deux sens lui donnant sa dangerosité particulière. Brenig me confia la barre que j’attrapa avec fermeté. Mon regard jonglait attentivement entre la sonde de profondeur et les bancs de sable qui se déplaçaient au grès des courants. Sur les rives, une végétation luxuriante, presque tropicale venait se déverser dans les eaux tourbillonnantes du canal.

– Nous nous rapprochons des ponts, c’est là que se trouve les Swellies, nous allons affaler les voiles et démarrer le moteur, c’est trop risqué.

Le secteur le plus périlleux du détroit était connu sous le nom de Swellies (en gallois – Pwll Ceris). Il se situait entre les deux ponts qui enjambaient le détroit – le pont suspendu de Menai et le pont tubulaire Britannia. Les courants dans cette zone pouvant atteindre huit nœuds à certains moments de la journée, il était indispensable d’obéir aux exigeantes règles des marées pour ne pas finir éventré contre un rocher. Good Mood ne fut guère impressionné par ces caprices et nous conduisit courageusement et sereinement jusqu’à la ville médiévale de Caernafom. Le feu était vert. Nous nous engouffrâmes à l’intérieur de la marina. Cette dernière était protégée par de puissants remparts et surplombée par un impressionnant château fort, lui-même, inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO. De l’autre côté de la rive, le soleil couchant venait caresser le relief gracieux de l’Isle d’Anglesey.

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