Le pouvoir de la mer

Je me réveillai en sursaut.

Un bruit à l’extérieur vint m’extraire de mon sommeil léger, on aurait dit que quelqu’un grattait à ma porte. Je regardai mon téléphone, 5h30, le couvre-feu n’était pas encore levé, qui donc bravait l’interdit pour me réveiller ? Le bruit s’arrêta et fut remplacé par un doux miaulement. Je m’extirpai de mon lit, de toute façon je n’avais plus sommeil. J’ouvris la baie vitrée, puis poussai les lourdes portes de mon cabanon et tombai nez à nez avec un petit félin gris qui me regardait de ses immenses yeux jaunes.

À quelques mètres de là, la mer agitée venait enfouir sa colère sur le sable de la plage. Le ciel était encore sombre en ce matin hivernal, je distinguai au loin, un pêcheur debout faisant voguer sa ligne au gré des flots tourmentés. Le chat se frotta à moi en se tortillant entre mes jambes, je ne pus me retenir de lui donner une caresse sur le dos. Ce qu’il n’apprécia guère, se retourna, me griffa la main puis parti furtivement en direction d’un cabanon voisin. Quel drôle d’énergumène ! Me réveiller sans scrupule pour in fine me planter ses griffes dans la chair. Son effrontement me fit sourire.

Je rentrai me réchauffer en attendant patiemment que le soleil montre ses premiers rayons. Je ne doutais pas qu’aujourd’hui encore, comme à son habitude, ce dernier ferait son apparition au-dessus de la cité phocéenne.

L’humble demeure dans laquelle je m’étais retirée de ce chaos covidien était en fait une ancienne cabane de pécheur. Les cannes et hameçons avaient laissé place à une cuisine équipée et un lit douillet dans lequel je m’endormais le soir, bercée par le murmure des vagues.

Bientôt, la baie vitrée laissa passer les premiers rayons rosés du matin. Dehors, l’obscurité de l’horizon s’était métamorphosée en un voile orangé qui telle une couverture de feu reliait ciel et mer. De ces flammes jaillissaient les îles du Frioul qui s’extirpaient paisiblement de leur quiétude nocturne. Le pêcheur lui aussi contemplait ce spectacle matinal que nous offrait la Terre.  

J’attrapai mon manteau, mon appareil photo et mon enthousiasme, refermai mon petit nid et rejoignis ma voiture. L’air était doux pour la saison, humide et iodé, comme je l’aimais. 

Je pris la direction est, cap : la Route des Crêtes.

La Route des Crêtes est une route côtière pittoresque et étroite du sud de la France qui serpente entre Cassis et la Ciotat à l’est de Marseille. Les falaises longées sont les plus hautes du pays et parmi les plus hautes d’Europe.

Je parquai ma voiture et grimpai les derniers mètres qui menaient au sommet d’un des points culminant des Crêtes. Le jeune romarin qui recouvrait le sol aride et calcaire dégageait sa plus belle fragrance, rendant l’atmosphère d’autant plus divine.

Arrivée en haut, je ne pus m’empêcher de chantonner quelques paroles de Charles Trenet :  

« La mer
Qu’on voit danser
Le long des golfes clairs
A des reflets d’argent
»

La vision de cette immensité me procura instantanément un sentiment de calme et de détente. La mer a ce pouvoir d’actionner chacun de nos sens, en contemplant l’horizon, en écoutant le bruit des vagues, en goutant et respirant l’odeur iodé et finalement en sentant l’eau sur nos pieds.

Comment peut-on se lasser de ce pouvoir réparateur et d’apaisement que la mer nous offre ?

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