Il se dressait là, devant moi, seul et fier.

Je l’avais rêvé, imaginé et voilà qu’il se présentait à moi. Rien qu’à moi.

Ce matin-là, je veillai à m’apprêter adéquatement pour l’occasion : mon pantalon imperméable, mon épaisse polaire ainsi que ma très glamour veste coupe-vent bleue – le mystérieux habitait une île de la mer du Nord.   

Je descendis à travers la brume matinale jusqu’au port du village qui m’abritait pour la semaine et embarquai sur un petit chalutier. Celui-ci avait rendu ses filets de pêche et occupait sa retraite à transporter humains et biens entre les différentes îles de l’archipel. Traverser ce bras de mer à son bord était l’ultime étape qui me séparait de mon objectif.

Nous naviguâmes au grès des flots pendant une quarantaine de minutes, l’air marin, frais et collant s’abattait sur mon visage, qui, orienté vers le sud fixait déjà la destination finale. Serait-il comment je l’avais imaginé ? Moi qui avais parcouru des milliers de kilomètres bravant terres et mers pour le voir.

C’était un rêve qui allait se réaliser.

J’effleurai à peine le sol de l’île que mon embarcation levait déjà les voiles.

Voilà, j’y étais.

Il n’y avait rien. Rien que des collines à perte de vue. Çà et là étaient essaimées quelques maisonnettes aux cheminées fumantes. Nous étions mi-août.

C’était vraiment le bout du monde.

Je regardai autour de moi, je n’avais pas la moindre idée du chemin à emprunter. Par chance, une dame passait par là.

  • Il n’y a pas de bus pour Rackwick ? demandai-je.
  • Des bus ? Ici ? Pas des moins. Il faut vous adresser à Fay, il pourra surement vous y conduire. Voici son numéro. Bon courage.

Je ne m’attendais pas à cela. Je n’étais donc pas encore arrivée au bout de mes peines. Le vent s’était levé et il faisait froid, le thermostat ne dépassait pas plus de dix degrés ce qui rendait cette terre d’autant plus inhospitalière.

C’était vraiment le bout du monde.

Néanmoins ceci n’était pas une raison valable de se lamenter. J’avais un objectif et je voulais l’atteindre !

  • Allô ? Bonjour Monsieur Fay ? J’aimerais aller à Rackwick, vous pouvez m’y conduire ?

Quelques minutes plus tard, une camionnette blanche partiellement rouillée arriva en trombe. Un vieil homme en sortit et jeta mon sac à l’intérieur de son bolide :

  • Montez ! s’exclama-t-il d’un accent à couper au couteau.    

Je m’assis à ses côtés. Le véhicule s’élança sur l’unique route qui sillonnait cet îlot de 372 habitants.

  • Vous avez toujours vécu ici Monsieur Fay ?
  • Aye ! Toujours. Depuis 74 ans.
  • Vous êtes éleveur ?
  • Aye ! J’ai une ferme non loin du port. Et vous, vous venez faire quoi ? Il n’y a pas grand monde qui s’aventure par ici. Vous venez le voir ?
  • Oui. Je suis venue spécialement pour lui, je me réjouis.

Nous traversâmes un décor surnaturel. De vastes étendues pourpres se métamorphosaient en de somptueuses falaises rouges qui se jetaient abruptement dans une mer turquoise.

Une fois la fin de la route atteinte, Fay arrêta sa fourgonnette au milieu d’un hameau de maisons de pierre. Il n’y avait aucun signe de vie – le temps s’y était arrêté.

  • Voilà, c’est ici que nos chemins se séparent. Il faut que vous marchiez encore une bonne heure.
  • Merci Monsieur Fay ! Vous venez me rechercher d’ici trois heures ? Je ne veux pas rater le dernier bateau.
  • Je serai là.

Je sautai hors du véhicule et fis un signe de la main à mon nouvel ami.

Il ne me restait donc plus qu’une heure de marche avant la rencontre. Je sentis la réjouissance monter en moi malgré le vent qui ne cessait de souffler et le ciel qui s’obscurcissait à vue d’œil. Il allait surement pleuvoir.

  •  Allez, plus qu’une heure, tu touches bientôt au but ! m’encourageai-je.

J’empruntai la direction qu’indiquait un panneau planté parmi les buissons. La végétation était modeste, un tapis de bruyère violette accompagné d’herbes folles d’un jaune à tendance fluo recouvrait les surfaces inhabitées de l’île. 

J’ascensionnai un sentier, puis longeai la crête d’une falaise. Le puissant vent  me frappait de face et me forçait à avancer la tête baissée. De temps à autres quelques rayons de lumières perçaient les épais nuages pour me réchauffer un instant. Ceux-ci étaient rapidement chassés et remplacés par une légère bruine. C’était comme ça ici, un joyeux medley météorologique.

Tout le monde voulait fait entendre sa voix.

Je regardai ma montre, cela faisait bientôt une heure que je marchais. Je n’allais pas tarder à l’apercevoir.

Et c’est ainsi qu’au détour du sentier, je pus le distinguer parmi la brume. Comme par enchantement les nuages se dégagèrent et d’intenses rayons de soleil illuminèrent la vallée. Mon cœur se mit à battre la chamade. Je courus sur les derniers cent mètres qui nous séparaient et arrivai finalement face à lui, j’enlevai ma capuche et lui fis un grand sourire.  

Il se dressait là, devant moi, seul et fier. Le vieil homme d’Hoy.

Je l’avais rêvé, imaginé et voilà qu’il se présentait à moi. Rien qu’à moi.

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